Thaïlande

UN VILLAGE

SANS NOM

On s’arrête à flanc de coteau, éreintés, le moral peut-être plus encore. Le constat est rude : 35 km avant la prochaine commune, 115 dans les cuisses. La pente semble se rapprocher du ciel sans discontinuer. Le chemin nous a eu en aiguisant les dents.

 Mais à défaut d’offrir les latitudes idéales, la route sait garder en réserve d’auspicieuses alternatives. Nous commençons à distinguer, clouées sur des mottes brunâtres en surplomb, quelques concentrations de maisons en tek qui nous toisent depuis leur butte qui touche le ciel.

On aurait grand peine à les nommer « villages » à force de les voir cantonnés à leur monticule de glaise presque trop élevé pour se laisser toucher du regard.

Ce sont cependant bien des villages. Des vrais. Et crois-moi, J.,  ils prennent des tournures de royaumes quand les promesses de la vie citadine manquent à leur parole.

 

“Mais l’on saisit maintenant que ce monde labeur et crotté trouve une vitalité incongrue lorsqu’il relève du dernier recours. ”

Un village sans nom

W. et moi tombons dès lors tête la première dans une noblesse rustique que nous n’avions pas attendue, une vie marron aux lignages indéfinis.

Marche maintenant devant nous cette femme dure et d’âge moyen. Elle traîne les bras ballants un coq par les pattes, la tête en bas, les ailes en l’air.

Il y a cet homme au visage doux aussi, nourrisson sur le dos, qui nous dépasse sans nous voir. Il fredonne pour son petit une comptine qui n’a vraisemblablement jamais dépassé les frontières du canton.

Serions-nous en territoire Hmong ? Karen ? Lanu peut-être ?

 

 

On jette un coup d’œil autour de nous pour en avoir le cœur net. Rien d’autre que de la terre. De la terre à tout va. Et des chariots. Et des serpes. Nous avions pris tout ce statisme pour un simple champêtre d’agrément.

Mais l’on saisit maintenant que ce monde labeur et crotté trouve une vitalité incongrue lorsqu’il relève du dernier recours. 

 Un duo de gamines à trottinettes, les yeux noirs et ronds comme des billes, s’arrête un peu plus loin pour nous jauger de ce regard évaluateur dont les bambins asiatiques ont le secret. Nous saisissons notre chance.

Il s’agit de la jouer fine. Le contact balbutiant des débuts doit s’articuler avec des sourires et autres mimiques qui ne veulent que du bien.

Une dizaine de minutes seulement, et la méfiance se dissipe comme une porte qui s’ouvre, vous faisant gagner le cœur des mômes avant celui des aînés ; on comprend vite que ce sont les enfants qui définissent le mètre-étalon de la confiance.

Comment sait-on quand cela arrive ? Lorsque nos gesticulations obtiennent finalement réponse et nous valent des mesures de rires qui ressemblent à des chansons. Je t’écris ces lignes assis sur un tabouret de bois alors que W. déballe son attirail de grimaces aux petits du village, qui ne perdent pas une occasion de répondre par le rire.

Je me dis alors qu’il est vraiment beau et triste, ce quotidien nouveau qui sortira de nos vies dans les mois à venir. Les lieux qui n’ont que le dénuement à offrir sont trop peu au fait de leurs ressources, car lorsque le Siam se noie dans la carte postale, ce sont bel et bien la brousse et l’arrière-pays qui lui maintiennent la tête hors de l’eau.

 

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