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Une vie, des voyages

JEAN WALKER, VOYAGEUR CINÉPHILE

Quelle est la formule pour passer de contrôleur de tickets à directeur de plusieurs salles obscures en passant par une vie de musicien semi-pro et journaliste grand voyageur, parfois confident des stars du cinéma français ? Jean Walker nous montre que la solution se trouve quelque part dans un subtil mélange de curiosité, de talent … et de gentillesse.

Bonjour Jean, qui es-tu ?

Je m’appelle Jean Walker (oui, comme le whisky), né à Colmar mais ayant passé ma jeunesse à Mulhouse. J’ai 63 ans et je suis récemment devenu un « retraité actif ».

Mes parents étaient de grands voyageurs. Ma mère adorait la musique et mon père était dessinateur et photographe, l’art avait donc une place prépondérante chez moi.

Étrangement, mon père, lui, n’aimait pas la musique. Il disait même : « je préfère cinq minutes de mauvaise musique qu’une demi-heure de bonne ! »

Le cinéma a toujours été mon domaine professionnel principal. J’ai été responsable au labo photo du Bel Air à Mulhouse après avoir appris à développer des pellicules avec mon père, j’ai géré la distribution de nombreux films en France, été directeur de plusieurs cinémas et cofondé le magazine Côté Cinéma en 2005. 

En ce qui concerne la musique, j’ai joué comme guitariste dans plusieurs groupes durant les années 70, y compris celui de ton père (rire) avec lequel nous partions en tournée dans les pays limitrophes et avons même fait la première partie de Scorpions, car on partageait le même manager.

Et puis enfin, la troisième grande passion de ma vie, c’est évidemment le voyage. Dans un premier temps, mes parents nous faisaient visiter plusieurs pays d’Europe, et c’est aux alentours de 15-16 ans que j’ai découvert l’Écosse et l’Irlande, dont je suis tombé amoureux. J’ai d’ailleurs appris que ma famille était originaire d’Ecosse.

Quel a été ton voyage le plus mémorable ?

Sans hésiter, les États-Unis, puisque c’est le premier grand voyage de ma vie et la source de nombreuses « premières fois » : première fois que je prenais l’avion, premier départ d’Europe, première fois que je quittais le cocon familial pendant plus de trois mois…

J’avais 21 ans à l’époque, et j’avais bossé comme électricien sur des chantiers pendant les vacances d’Été, et puis j’avais également eu la chance d’être payé pendant mon service militaire. Je suis donc parti avec une amie juste après avoir fini mon service en 78. La raison de mon départ était à peine voilée : je voulais faire carrière dans la musique là-bas, tout simplement.

J’ai traversé 38 États, en bus -comme Kerouac – sur plus de 30000 km en partant de New York où j’avais atterri. Mon amie et moi dormions dans des AYH  (ndlr : American Youth Hostels, les Auberges de la Jeunesse US)  et parfois on s’offrait le luxe de séjourner une ou deux nuits dans des Holiday Inn, le top du top pour nous à l’époque.

 

L’Amérique a été le pays qui a déclenché toutes mes envies de rencontre. Tous les jours je vivais une aventure extraordinaire et rencontrais des personnalités qui n’auraient rien eu à envier aux meilleurs personnages de Copperfield.

Je me suis rendu compte que ce qui accrochait les gens, forcément, c’était ma guitare, que j’avais achetée sur place, à Nashville. Pour un pays où la musique était -et est toujours- primordiale, c’était un outil de socialisation incroyable.

Je parlais un très mauvais anglais, mais ça a suscité d’autant plus de bienveillance chez les gens là-bas ; il y avait forcément un peu d’exotisme pour eux à voir un français se trimballant avec sa six-cordes (rires).

Je voulais surtout voir à quoi ressemblait la scène californienne, à San Francisco notamment, parce que c’était déjà à l’époque l’un des hauts lieux faisant la pluie et le beau temps de l’industrie musicale.

Il faut savoir que la fin des années 70 était une époque bénie musicalement. Les fondements de l’effet Flower Power (ndlr : slogan utilisé par le mouvement hippie des années 60 à 70) étaient encore bien présents, et en même temps le monde se dirigeait tout doucement vers une nouvelle forme de modernité. J’avais toujours un livre avec moi qui en parle très bien :  « l’Amérique en blue jeans », c’est en quelque sorte l’ancêtre du « Routard » aujourd’hui.

Et est-ce que tu as pu trouver ton bonheur vis-à-vis de tes objectifs initiaux ?

L’un des lieux-phares de mon pèlerinage aux États-Unis était Nashville, la capitale du Tennessee, souvent considérée comme le lieu de naissance de la musique country et prisée par de nombreux musiciens depuis les années 50, de Bob Dylan à Jack White.

Il y a aussi des pays où c’est interdit de prendre des plaques d’égouts. Au Japon encore une fois, mais aussi aux USA, pour une question de sécurité publique. 

Pareil pour le cinéma. J’ai ce petit fétichisme de prendre la devanture des salles obscures en photo quand je voyage, et j’avais déjà été repris pour ça aux Caraïbes parce que risquais d’entraver la loi en prenant des gens à leur insu.

Toujours pour une histoire de sécurité publique donc, mais c’est là aussi un bon moyen de sympathiser et d’engager la conversation avec des directeurs de cinéma initialement venus pour me demander de ranger mon appareil.

Certains m’ont même laissé visiter les locaux et la cabine de projection, chose que j’adore.

 

On a mis le temps pour y venir, mais côté littérature de voyage, qu’est-ce que tu aurais au menu ?

 

Ah, c’est très difficile de faire un choix, et je sais que souvent chiant comme réponse (rire). 

Ma jeunesse a été bercé par la lecture des œuvres de Jules Vernes et Hergé. Phileas Fogg et Tintin sont les premières grandes figures de voyageurs que j’ai découvert.

Dans une moindre mesure, même s’il n’est pas officiellement connu comme un écrivain de voyage, Chateaubriand a aussi pas mal roulé sa bosse et fortement contribué à développer mon imaginaire. Ses Mémoires d’Outre-Tombe sont un voyage à elles toutes seules.

Tout comme les romans de Bernard Clavel qui m’ont donné le goût pour le Canada. Et grâce au confinement actuel, j’ai eu le temps de redécouvrir John Jakes et je traverse actuellement l’Amérique de la guerre de sécession à travers ses nombreuses sagas…

Pour terminer, quels conseils donnerais-tu à ceux et celles qui souhaitent voyager au long-cours mais n’ont pas encore eu l’occasion de franchir le pas ? 

Je vais peut-être me répéter un peu, mais je pense qu’il est important de partir dans une démarche de rencontre : parlez aux gens, posez-leur des questions, sans vous imposer.

Pour « créer » la rencontre, certains objets peuvent servir d’intermédiaire. J’ai parlé de la guitare, mais un appareil photo ou même un médiator (ndlr : petit morceau de plastique pour jouer de la guitare) peuvent très bien faire l’affaire.

Ah, j’ai failli oublier : il ne faut pas hésiter à apporter des choses qui nous paraissent dérisoires dans notre vie quotidienne mais qui font une différence monstre à l’étranger.

J’ai découvert pendant un voyage un Égypte qu’il y a une grosse pénurie de feutres et de stylos dans les écoles, j’ai donc fait un stock pour mon voyage suivant.

Autre exemple : dans le cinéma et la musique, les T-Shirts ont toujours été des objets de promotion très usités et j’en ai reçus des centaines. Et beaucoup d’entre eux ont fait le bonheur des gens que j’ai rencontré à travers de nombreux pays !   

Les livres de Jean

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Jules Verne

Le tour du monde en 80 Jours

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François-René de Chateaubriand

Mémoires d’Outre-Tombes

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John Jakes

Nord et Sud

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Bernard Clavel

Le Royaume du Nord

2 Commentaires

  1. Thaurin

    Très sympa ce petit reportage sur un Aventurier au grand coeur.
    Si les voyages au long cours sont terminés pour moi (pour raisons médicales), j’aime lire des récits vrais, avec des anecdotes humaines… Bravo.

    Réponse
  2. Jean-Marie

    J’ai plaisir à lire que tu aimes Bernard Clavel que j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois !

    Réponse

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